Dans la profondeur des gares

Aujourd’hui, je vous présente le devoir 3 que j’ai proposé à mon formateur hier soir. Le travail 3 clôture le premier module sur la lumière et invite à travailler sur l’espace et principalement autour de la notion de profondeur.

La mission consiste à proposer une série de 10 clichés en noir et blanc pris dans une gare de son choix et de proposer des cadrages variés qui jouent sur la profondeur. En plus du noir et blanc, il faut également intégrer des personnes dans les cadrages.

Ce devoir m’intéresse particulièrement car je n’ai jamais vraiment questionné la notion de profondeur. On parle souvent en photo de la profondeur de champ mais on prête peu d’attention à la profondeur qu’une image peut renvoyer. Pour moi la profondeur, c’est cette illusion qui emmène mon oeil se perdre dans l’infini de la photo. Souvent cette impression vient lorsque le regard glisse sur des lignes de fuite. Et j’ai l’habitude d’utiliser les lignes de perspective pour créer cet effet.

Démarche

Je décide me concentrer sur la Gare Du Nord mais j’ai un petit blocage. J’ai déjà passé des heures à photographier les quais des grandes gares parisiennes et j’ai l’impression de faire une redite. J’essaie alors de travailler le sujet avec de nouveaux cadrages pour ne pas rester dans ma zone de confort.Je fais une première session de 30 minutes pour repérer les lieux, sans grande conviction. Je bute un peu. La Gare du Nord est envahie par la foule, ce qui complique les choses quand on veut produire des plans qui respirent. Je constate que les lieux sont très surveillés par les vigiles et je me fais repérer à plusieurs reprises. Je n’ai pas eu de soucis particuliers même si la photographie en gare est interdite.

J’y retourne un dimanche en espérant trouver moins de monde mais la foule est toujours dense. Avec 700 000 voyageurs qui y transitent chaque jour, la Gare du Nord est la plus grande gare d’Europe Au cours de ma deuxième session, je me concentre sur la zone suburbaine. Je capture quelques vues de voyageurs de banlieue pressés de rentrer. Mais je ne suis pas convaincue. Je multiplie les plans et je trouve qu’il manque un liant à toutes ces photos. La collection me parait décousue par des approches trop diverses.Quelques jours plus tard, je retourne à la Gare du Nord pour prendre un Eurostar vers Londres. Je profite d’un peu d’attente pour photographier la zone internationale et ses voyageurs. Je prends quelques plans qui m’inspirent. Toute la zone est soumise à des contrôles de sécurité tous les 5 mètres et je décide de me faire discrète. Je suis surprise par le décalage de population entre cette zone et la zone suburbaine. Il y a moins de diversité et la plupart des voyageurs sont des cols blancs ou des hommes et femmes d’affaires.Sur le trajet, je regarde un post Instagram sur une pub parfum avec un slogan qui m’inspire : “Same, but different”

Je ne saurais pas vous expliquer par quel processus j’en arrive là, mais une idée pour mon projet surgit par ricochet. Pourquoi ne pas essayer de photographier la profondeur de la Gare du Nord et la Gare de St Pancras et de construire ma série sous forme de paires de photos qui se répondent en analogie ou opposition ? En d’autres mots : same but different ! L’idée me séduit.Deux jours plus tard, je profite de 2 heures d’attente pour prendre des plans de Saint Pancras. J’ai mes photos de la Gare du Nord en tête et j’essaie de varier les idées de cadrage sur la profondeur. Dans le train, j’essaie de construire les premières paires. Une fois arrivée à Gare du Nord, je profite encore de 30 minutes pour compléter ma collection.

Les photos

A cette heure-çi, je n’ai pas encore eu le retour de mon formateur. Je suis consciente d’avoir pris un risque en compliquant mon devoir. En formant les paires, j’ai du renoncer à certaines photos que je trouvais très réussies mais qui ne fonctionnaient pas dans la série. J’ai proposé des cadrages peut être moins variés et je me suis un peu mise en marge de l’exercice. Ce n’est pas très grave, car vous le verrez, j’ai quand même fourni le travail demandé.Je suis assez contente du rendu général. J’ai choisi d’aller au bout de cette idée et tant pis si cela me pénalise ; le retour sera certainement plus constructif pour moi.Ce n’est pas une série à proprement parler car il aurait fallu une cohérence dans les focales, cadrages, sujet pour toutes les photos … mais là j’aurais été vraiment hors-sujet car l’exercice imposait la variété ; Je me suis tenue au format vertical.

From Paris to London : Same but different


Profondeur traitée avec les lignes de fuite + jeu de proportions pour la Gare du Nord. La silhouette à l’arrière plan accentue la profondeur. Jeux d’analogies de lignes cassées.


Effet de profondeur par les lignes de fuite pour GDN et par la proportion des silhouettes pour St Pancras. Jeu d’oppositions avec les lignes : fluides pour Gare du Nord, rectilignes pour St Pancras


Profondeur crée avec des cadres dans le cadre et le reflet du miroir. pour GDN. Pour Saint Pancras, l’effet est crée avec la fenetre et la proportion du sujet.


Profondeur par l’enchaînement de plans. Jeux d’opposition entre les formes et les teintes.


Effet de profondeur par le flou léger de profondeur de champ pour GDN et lignes de fuite – Succession de plans pour St Pancras. Jeux d’oppositions dans la dimension sociale des 2 sujets

Bonus : histoire de passagers

Je propose ici des photos supplémentaires dans lesquelles j’ai cherché à traduire la notion de profondeur avec d’autres cadrages.


Gare du Nord : profondeur crée par la succession des trois sujets et le flou de premier plan. Saint Pancras, profondeur crée par l’angle de vue particulier sur les murs. Jeux d’analogie cette fois-ci autour des passagers.

GDN l’attente. J’aime beaucoup celle-ci pour la posture des 4 sujets qui font tous quelque chose de différent mais la photo manque de profondeur d’après moi.

GDN . Terminus. Photo amusante. L’effet de profondeur vient de la superposition de plans avec différentes luminosités.


Gare du Nord. A l’auberge des dos tournés. L’effet de profondeur est crée par le flou de profondeur de champ à l’arrière plan.

Gare du Nord. Solitude. L’effet de profondeur vient de l’arrière plan très chargé et qui s’oppose aux lignes plus nettes du premier plan
Gare du Nord, jeux de miroirs

Bonus : Histoire de lieux


Reflet d’une porte de train à St Pancras. Effet de profondeur crée par les lignes fuyantes du reflet. Dommage que l’enseigne lumineuse soit floue

Saint Pancras – Profondeur crée par une petit zone nette et le reste flou.

Gare du Nord. Profondeur crée par le contraste lumineux et les lignes de fuite.

Profondeur crée par l’effet de symétrie fuyante et l’effet de cadre à l’arrière plan.

Conclusion

La pratique m’a permis de voir différentes manières de jouer avec la profondeur, autres que les lignes de fuite. J’ai découvert des options intéressantes pour mes cadrages.Travailler sur des paires et construire une collection avec une certaine logique est une démarche qui m’a beaucoup plu. J’ai eu peur de m’ennuyer sur cet exercice et au final, je me suis vraiment amusée avec le sentiment d’avoir avancé et innové dans ma pratique.

Difficile de dire ce que j’aurais pu mieux faire. Je pense que si je m’étais contentée de poster les photos les plus réussies, j’aurais trouvé mon travail complètement décousu. Et c’est peut être une chose sur laquelle je devrais me concentrer : veiller à rester cohérente dans un style?

Pour les prochaines séries, il faudrait que je décide bien de tous les paramètres photographiques à l’avance pour éviter de nouvelles prises ou des recadrages un peu sauvages.

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