Les pèlerins de Ganga Talao

Nous reprenons la route. Par la fenêtre de ma voiture, des paysages tropicaux défilent sous mes yeux : un entrelac de routes sinueuses, une succession de forêts et de champs de canne à sucre, des camaieux de verts entre vert tendre et vert émeraude. Nous atteignons bientôt le plateau de l’île sous un ciel chargé. Au détour d’un virage, perdues au milieu de la jungle, deux statues hindoues se dressent comme un I majestueux : c’est le temple de Ganga Talao : un lieu sacré hindou de l’Ile Maurice .

On raconte qu’un prête hindou, il y a bien des années rêva qu’une grande source d’eau sur l’Ile Maurice était alimentée par les Eaux Sacrées du Gange. Accompagné de pèlerins, il se mit en quête de cette source et trouva un lac assis sur un ancien cratère volcanique, au coeur de la savanne. On nomma ce lieu Ganga Talao (eaux sacrées du Gange).

Depuis cette date, le lieu est dédié au culte hindou et principalement au dieu Shiva. Et chaque année, lors de la nouvelle lune, un pèlerinage fait converger 400 000 personnes de l’Ile Maurice : c’est le Maha Shivaratri. L’hindouisme est la première religion pratiquée à Maurice.

Le Maha Shivaratri signifie la Grande Nuit du Seigneur Shiva. Il y aurait plusieurs significations spirituelles. Je n’ai pas réussi à les déterminer plus précisemment.

Quelques jours avant cette nuit, des milliers de pèlerins se mettent en route à pied des quatre coins de l’île. Ils se forment en procession et portent des chars décorés. Certains cheminent pendant plusieurs jours jusqu’au temple et sont substantés par des donateurs qui offrent des repas le long des routes. Tout cela est très bien organisé. Des tentes de ravitaillement sont dressées et les victuailles sont offertes par les familles et les sponsors.

Cette célébration marque un temps de prières, de dévotions, de jeûne et d’abstinence. C’est un moment de spiritualité où l’on médite sur les valeurs de Shiva : le pardon, l’humilité, l’honnêteté, la maîtrise de ses émotions négatives.

La nuit de Maha Shivaratri est un temps de prières et d’adoration de Shiva. Je n’y suis pas allée ce jour car l’accès au temple est extremment difficile. Sur les conseils du chauffeur, je me suis rendue au temple quelques jours avant.

Il est 10h00 et le temple est déjà baigné de la ferveur des pèlerins. Les premières processions sont déjà sur le lieux. A l’intérieur, des hommes et des femmes toutes générations confondues font leurs dévotions à Shiva, Ganesh et les autres dieux représentés par différentes statues. Les croyants déposent des offrandes aux pieds des statues et font brûler de l’encens et du camphre.

En plus des dévotions aux dieux et aux déesses, ils déposent des offrandes dans les eaux sacrées du lac : un mélange d’eau du lac, de lait, de lait de coco et de miel, tous dotés de vertues purificatrices.

Cet instant de communion est également un moment de transmission des traditions entre les générations. Ici une mère enseigne à son fils le rite des offrandes. C’est un moment où on se retourne vers les aînés.

L’atmosphère du lieu est chargée de sensations contradictoires. Des hauts parleurs scandent un mantra en boucle : ʺOM Namah Shivayaʺ dont les sons guturaux stimulent l’esprit. Les fumées des batons d’encens ennivrent légèrement.

Le spectacle est un ravissement pour les yeux. Les étoffes soyeuses des saris se mélangent aux couleurs des statues dans un joyeux chaos. C’est un bain de ferveur qui m’émeut et m’interpelle.

J’avais pris mon appareil dans l’espoir de faire des portraits de pèlerines. J’arrive à en faire quelques uns mais je me rends vite compte que ce n’est pas le lieu. Les arrière-plans ne sont pas heureux. Si les personnes acceptent gentiment de poser pour moi, je réalise que je les dérange dans leur temps spirituel.

Voici quelques portraits posés que j’ai pris :

Le petit garçon est venu se faire prendre en photo à la demande de sa maman dont j’avais fait le portrait. J’ai fini par prendre toute la famille en photo et j’ai donné les clichés par whatsapp.

Cliquez sur les vignettes

Comme pour les portraits des cueilleuses, j’avais une focale fixe de 40 mm ouverte à 3.2. Pour les autres scènes, j’ai utilisé un téléobjectif pour capturer des détails des offrandes, isoler des croyants de la foule et me faire plus discrète.

Bilan

Je me rends compte à quel point il m’est difficile de vous transmettre ce que j’ai pu ressentir. Cette échappée a eu lieu le même jour que celui de ma rencontre avec les cueilleuses. Autant vous dire que je suis rentrée exténuée. Une fois arrivée, je suis allée dormir pour m’alléger d’un trop plein de sensations et d’émotions.

Les conditions de prise de vue des pèlerins étaient plus difficiles à cause du contexte et du lieu. Cela se ressent un peu. Je n’ai pas pu avoir de longs échanges comme avec les cueilleuses.

Plus que les photos, je tire une grande satisfaction du contact humain engagé par ces rencontres. Peut être que justement, c’est la photographie et la motivation de faire de beaux clichés qui m’ont permise de croiser la route de ces belles personnes.

4 commentaires

  1. On sent combien tu as été sensible à cette atmosphère …Tu sembles à l’unisson de leurs dévotions: touchée, émue et respectueuse.
    Ton texte et tes photos l’expriment pleinement.
    Merci pour ce partage d’émotions.

    Aimé par 1 personne

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