Dans la jungle musicale du Cabaret Vert

Il ne me serait jamais venu à l’idée de dépenser 150€ pour me retrouver prise en sandwich dans une foule de Parisiens au Festival de Rock en Seine. Par contre, je n’ai pas hésité à rejoindre les copains Ardennais au Festival du Cabaret Vert pour 4 jours de folie.

L’occasion de me frotter à la photo de concert était bien trop grande pour renoncer à mon appareil photo. C’est avec cette idée en tête que j’ai rejoint mon petit groupe de copains le jeudi midi.

Ca tombait bien… mon devoir Nicéphore 15 portait sur la construction d’une série de 20 photos en priorité à l’ouverture et en priorité à la vitesse sur un sujet de mon choix. Lorsque j’ai émis cette idée à mon formateur, j’ai bien bien senti qu’il était un peu perplexe et à sa réponse, j’ai compris que j’allais avoir un peu de fil à retordre.

Le Cabaret Vert en 2 mots

Depuis 15 ans, le Cabaret Vert est le rendez-vous musical incontournable de l’Est de la France. Crée au départ par une poignée de jeunes Ardennais qui voulaient faire bouger leur région au niveau culturel, ce festival est devenu l’un des 5 plus grands rendez-vous musicaux de France. Cette année, 102 000 festivaliers ont foulé les pelouses du site Bayard (friche industrielle protégée) de Charleville-Mézières.

Si vous y allez, vous serez agréablement surpris… tout est nickel. Rien ne traîne par terre. Vous ne pourrez pas rater les poubelles de tri sélectif. Et ce n’est qu’un des nombreux engagements pris par ce festival.

Le Cabaret Vert est né d’une démarche solidaire et responsable. A sa création en 2005, la municipalité de Charleville avait accepté de prêter un site protégé en échange de l’engagement ferme de le restituer vierge de toute trace de passage. La promesse fut tenue et depuis 15 ans, le Cabaret Vert n’a cessé de déployer ses valeurs éco-citoyennes à travers de nombreuses innovations et partis-pris très étudiés. Des centaines de bénévoles ramassent, trient et éduquent les festivaliers à la valorisation des déchets.

Et ça marche ! Car on a tous envie de jouer le jeu.

Le choix des artistes

Vous pouvez consulter la programmation ici.

Comme vous venez me lire ici pour la photo, je ne vais pas m’étendre sur mes goûts musicaux. Sachez juste que le choix des concerts a été guidé par des personnes plus expertes que moi. J’ai privilégié de plus petites scènes pour leur accessibilité et par la simple curiosité de découvrir des groupes méconnus.

Je n’ai pas souhaité approcher certaines scènes de trop près, car leur public était trop enthousiaste. J’ai d’ailleurs vu des groupes littéralement enflammer leurs fans au point de trouver le spectacle plus intéressant dans la foule que sur scène. J’ai vu des projectiles en tout genre voler au dessus de ma tête et mon appareil s’est pris quelques baptêmes de bière.

Airbourne
Photo prise entre 2 coups d’épaule
Prophets of Rage
Public ultra déchaîné

Les conditions de prise de vue

Effectivement, la photo de concert est loin d’être évidente.

Il m’a été impossible de me mettre en priorité à la vitesse car je n’obtenais rien de valable. Je suis donc passée très vite en mode semi-manuel (ISO automatiques plafonnés à 6400). Et tant pis pour le grain… je me suis dit que si je shootais en Raw, j’arriverais à modifier l’aspect en post-traitement.

Techniquement, il faut jongler avec le manque de lumière, des artistes toujours en mouvement et un public imprévisible qui saute, qui danse et qui se déglingue à coup de pogos.

Petite taille – Petit point de vue

La composition n’est pas des plus aisées, puisqu’il faut cadrer en évitant les câbles, les micros et les silhouettes backstage. Pour le coup, j’ai parfois shooté à bout de bras et sur la pointe des pieds 😉

Photo ratée des Prophets of Rage avec le micro dans la tête

La montée en ISO était vertigineuse. Les concerts ont eu lieu parfois en pleine journée sous un soleil de plomb ou pendant la nuit. L’ajustement des variables s’est fait progressivement à mesure que la nuit tombait.

J’étais souvent en mesure Spot pour assurer une exposition correcte avec de gros écarts de luminosité. Je ne saurais vous en expliquer les raisons mais c’est ce mode qui m’a semblé le mieux fonctionner pour la photo de concert.

Avant de venir, j’avais lu un billet de Laurent Breillat, bloggeur du site Apprendre la photo qui explique très bien les enjeux techniques de la photo de concert. Je vous le recommande si, comme moi vous êtes novices.

Pour revenir à mon sujet, j’ai décidé de constituer deux séries de 10 photos : l’une autour de la vitesse sur les photos de scène et l’autre autour de l’ouverture du diaphragme sur des photos de vie du festival hors scène.

Et pour le reste, je me suis laissée guider par l’émotion et le feeling.

La vitesse :

Comme c’était une variable clef du devoir, j’ai choisi de la traiter dans les photos de scène. Lorsque j’étais loin de la scène, j’étais sur des valeurs de 1/200. Lorsque j’étais près de la scène et selon la luminosité je pouvais monter à 1/600.

Je me suis servie de ces valeurs pour m’adapter à la luminosité parfois très forte des concerts de pleine journée. Les valeurs étaient parfois hautes car il m’était assez difficile de shooter avec une bonne stabilité sans me faire bousculer. J’ai donc évité les flous de bougé.

Je renonce à vous donner les exifs car chaque situation (proximité, public, groupe, lumière…) était différente et répondait à mes critères de choix. Je ne saurais en faire des règles fixes.

La série vitesse et 2 bonus

J’ai opté pour des photos en noir et blanc pour harmoniser la série. J’ai voulu capturer l’ambiance des concerts et faire la part belles aux artistes. La vitesse a été travaillée pour figer le mouvement, les expressions de visage et le jeu des instruments.

Pour apporter de la variété aux clichés, j’ai exploité des vues en contre-jour de pleine journée, des clair-obscurs et des belles lumières contrastées. Quelques flous de vitesse ont été utilisés pour capturer le tempo endiablé de certains groupes et les mouvements du public.

Cliquer sur les vignettes

L’ouverture du diaphragme :

J’avais un téléobjectif peu lumineux dont je me sers très peu. Il m’a fallu gérer le flou de profondeur de champ très prononcé sur les grandes focales. Du coup je suis restée sur des ouvertures entre 4 et 11. J’ajustais cette variable à mesure que la nuit tombait pour ne pas trop monter en ISO.

Pour ne pas m’alourdir inutilement; je suis restée avec le même objectif pour toute la durée du festival. Pour tout vous avouer, j’ai du gérer la fatigue. Mes heures de présence sur le site s’étalaient sur des plages de 7 à 8 heures. C’est lourd quand on n’a pas l’habitude du monde et du volume sonore.

Zoom sur les mains des fans
Flous prononcés

La série priorité à l’ouverture du diaphragme :

Pour cette série, j’ai voulu travailler autour de l’ambiance cool et festive du Cabaret Vert. J’ai choisi de shooter en couleur en restant sur des teintes roses et bleutées.

J’ai cherché à capturer des détails et isoler des festivaliers du cadre général. Cette série me semble moins aboutie par son manque de cohérence. Elle me parait décousue parce que j’ai manqué de temps.

Je ne pouvais pas tout faire : shooter le festival, les concerts, déambuler sur le site, boire des bières, profiter des copains et de la musique en même temps. J’ai parfois renoncé à sortir mon APN pour profiter du bon temps et me reposer.

Cliquer sur les vignettes

Bilan

J’ai adoré la photo de concert et j’espère pouvoir m’y remettre prochainement, quand l’occasion se présentera.

Pour une première, je me dis que ce n’est pas si mal. Bien sûr, mes photos sont perfectibles et j’ai fait de nombreuses erreurs. Néanmoins, j’ai appris à mieux gérer la lumière dans ces situations et le retour de mon formateur a dépassé mes espérances.

Je suis contente de connaître mon APN sur le bout des doigts et cela a contribué largement à la réussite des photos. D’ailleurs, je ne peux que vous recommander de venir avec l’appareil que vous maîtrisez le mieux.

Le saviez-vous ?

L’étiquette en matière de photographie de concert impose un shooting seulement sur les 3 premiers titres et sans flash. Cette pratique a été instaurée par Elvis Presley. Parce qu’il transpirait beaucoup sur scène, il avait imposé cette règle aux photographes pour éviter les clichés de lui en sueur. On continue d’appliquer cette règle depuis cette époque sauf ceux équipés d’un téléphone portable….

Si vous voulez en savoir plus sur les Ardennes, j’avais écrit un billet sur Sedan ici

4 commentaires

  1. C’est réussi, on sent l’ambiance dans tes photos ! J’espère que je pourrai réussir les miennes lors de l’Eole Factory Festival.. 3 jours et 2 soirées ! J’habite à quelques centaines de mètres du site (mais il y a la Seine entre deux..) une chance ! Bon ce sera sûrement plus calme que ton Cabaret Vert.. parce que plus « classique » et éclectique en journée, mais quand même Thomas Dutronc, Maceo Parker.. pour les soirées des 20 et 21.. et aussi des pointures classiques pour les vents et cuivres.. comme Thomas Leleu.. Je devrais me régaler !

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