Hors champ 2 : Suzhou & Tongli

Des aventures de voyage, comme tant d’autres en ont connues. Je découvre la Chine à travers mes déboires de voyageur. Vers midi je reprends le train et fais route vers Suzhou. Après 1h30 de voyage, je bondis de mon siège car je remarque à l’écran qu’il a une station de retard par rapport à la réalité du voyage. Un peu plus et je partais vers une destination inconnue !

A l’arrivée, un taxi me pêche et m’emmène sur un parking. Je comprends lorsque je lui remets mon sac qu’il n’est pas un officiel. Mon sac est déjà dans le coffre. Je songe à repartir puis me ravise. Le problème est que je ne sais plus comment revenir à l’endroit du départ car tout est en chinois. Les tractations démarrent mal. Il ne comprend pas où je veux aller. Il essaie de joindre la pension mais le numéro n’aboutit pas. De fil en aiguille, il finit par repérer l’endroit où je dois me rendre. Je ne suis pas exactement à Suzhou, mais à Tongli à plus d’une demi-heure au sud de Suzhou.

Arrivée dans les environs, la route est barrée et le chauffeur me largue aux abords de la vieille ville. La note est salée, elle représente le prix d’un taxi de chez moi vers l’aéroport Charles de Gaulle. Je lui indique que ce n’était pas ce que nous avions convenu. Je n’ai pas le choix et sors mes billets. Il cherche à empocher la somme complète sans me rendre la monnaie. Je me fâche et il finit par me sortir un billet en râlant.

Me voilà sur le bord du trottoir, sous la pluie avec l’impression désagréable de m’être faite arnaquée; Je me mets en recherche de ma pension sur Google Map. L’appli n’a pas répertorié tous les méandres de la vieille ville et me fait prendre quelques détours. J’arrive enfin dans la rue ; m’enfonce de plus en plus vers une sorte de bidonville, m’approche du numéro : 88, 86, 84 et là …surprise !!!! Je passe au 62 ! Je retourne sur mes pas, regarde à nouveau… passe et repasse, va un peu loin, demande mon chemin, pars un peu plus loin sur les conseils de mes rencontres… rien : pas de numero 72 …

Ma batterie diminue à vue d’œil, je tente ma chance dans un petit restaurant. Je suis accueillie par un jeune restaurateur qui parle très bien anglais. Il regarde, ne trouve pas. Il n’y a pas de 72 rue de Xitian. Je décide finalement d’appeler. Ca va coûter l’os du dos mais je n’ai plus le choix. Quelqu’un me répond. Il parle peu anglais et me demande de lui envoyer un mail par Booking. Je lui indique ma position et lui demande de m’aider.

En attendant le retour de son mail, un maçon vient à ma rencontre. Il essaie de m’aider à trouver cette fichue maison. Comme les autres, il me répond que ce numéro n’existe pas et m’abandonne à mon triste sort. Il repart dans une petite ruelle. Je m’apprête à repartir en quête d’un autre hôtel et j’entends mon maçon revenir sur ses pas et hurler : « eh eh allo allo wait wait » . Il courait derrière moi.

Quelques personnes à qui je demande mon chemin veulent me prendre en photo avec eux. Ils observent mes cheveux blancs. A leurs yeux, je suis certainement trop jeune pour en avoir.

Le dénouement de cette histoire : le jeune propriétaire de la pension était parti à ma recherche et a réussi facilement à localiser la touriste que j’étais et que tout le monde avait aperçue.

Tout se règle d’un seul coup. A part moi, personne n’a semblé s’inquiéter. Mes bagages sont pris en charge. J’arrive dans une chouette petite pension dans le quartier historique. Pour tous les désagréments causés, je suis surclassée dans une chambre qui me coûte moins cher que le trajet en taxi. Mon propriétaire ne parle pas anglais. Il me propose de communiquer avec lui par écrit sur Wechat. Ca fonctionne bien.

La notion du temps en Chine est différente qu’en Europe. En Europe, nous voulons des réponses instantanées. En Chine, si vous n’avez pas de réponse immédiate, cela ne veut pas dire qu’on vous a oublié. Il faut parfois patienter. Les choses se font les unes après les autres.

J’arrive exténuée et trempée jusqu’aux os. Je me détends mais je suis trop fatiguée pour courir les musées. Je prends mon appareil et décide simplement de faire des photos d’ambiance, de jouer avec le crépuscule et les lumières. Je ne connais rien de Tongli, de son histoire mais je verrai tout ça demain. Car demain est un autre jour. Vivons l’instant à la manière chinoise.

Tongli : la Venise de Chine

Le lendemain, la raison me fait penser que je vis simplement les aléas du voyage. Je me mets en route pour découvrir Tongli. Tongli est le vieux quartier de Suzhou. C’est une ville romantique qui me fait penser à Bruges, sous son ciel gris. La ville est quadrillée de petits canaux que l’on longe sous les saules pleureurs. Elle dégage une jolie impression de lenteur, un charme délicieusement suranné avec ses ruelles pavées. Aujourd’hui il pleut. J’arpente les vieilles rues. Tout est si différent de Shanghai.

Sur le chemin, je rentre dans de petits bazars qui vendent des objets chinés. Je m’arrête pour m’acheter un joli vase et une vieille théière en porcelaine. Les vendeurs vous incitent à négocier. Je ne comprends pas leur langage mais au moyen d’une calculette, nous nous mettons d’accord sur les prix. Le commerce ne connaît pas les barrières de la langue.

Les quartiers sont coquets et colorés à souhait. Des impressions d’été perdurent malgrè l’automne.

Suzhou

Ma visite se poursuit à Suzhou, une ville qui a longtemps attiré les lettrés et les artistes et qui a conservé son héritage culturel. Comme il est déjà tard et pour ne pas me mettre en retard pour le train du retour, je dois choisir mes visites. Je décide de visiter le Jardin du Maître des filets.

Le Jardin du Maître des Filets est un petit jardin imaginé au XIIème par un fonctionnaire à la retraite devenu pêcheur. On sent dans ce jardin toute l’âme contemplative de son créateur. Il se compose d’un tas de courettes qui se laissent découvrir le long de la promenade. Des élèves y étudient le dessin ou viennent rêver au bord de l’eau. Les jardins Chinois sont des lieux propices à l’introspection et l’inspiration.

Ma visite se termine. Il est déjà l’heure de repartir sur Shanghai. J’ai fait le plein de sensations et de souvenirs. Dans quelques jours je repartirai en France avec l’impression d’avoir fait un extraordinaire voyage.

Je ne suis pas allée dans des contrées inaccessibles comme certains le recherchent dans le voyage. Non, ma Chine à moi c’est une histoire de trois semaines passées loin des miens à travailler et vivre parmi des Chinois. Qui a dit qu’il fallait des expériences extrêmes pour vivre de grandes choses?

6 commentaires

  1. Quelle énergie ! À peine le temps de lire Hors champ : Hangzhou que paraît le présent article.
    Je n’ai pas eu le même ressenti que toi à Shanghai. J’ai trouvé la ville assez calme, relativement. Mon fils qui habite la ville s’est déplacé à Hong-Kong, et il la trouvé la ville étouffante. Apparemment, il y a pire que Shanghai.
    Les chiffres concernant la Chine sont affolants ; quand j’y suis allé en 2012, l’Empire comptait 117 villes de plus d’un million d’habitants !
    J’aime bien le récit de tes déboires à Suzhou. Mon fils, encore lui, m’a raconté que lorsqu’il est arrivé pour son premier séjour en RPC à Wuxi, les petits enfants dans les poussettes le montraient du doigt en regardant leur maman. Une chose est sûre, les grandes métropoles telles que Beijing ou Shanghai ne sont pas la Chine. C’est très différent, en encore, Suzhou n’est pas la campagne.
    Quand je suis revenu de Chine en France (en 2012), mon pays natal m’a fait une drôle d’impression. Je n’en dis pas plus pour ne pas t’influencer mais, si cela ne te dérange pas, j’aimerais savoir l’impression que t’a fait (te fera ?) ce retour à la maison.

    Les photos sont excellentes. Je les aime toutes, avec une préférences pour les noir et blanc.

    J’attends avec impatience de lire ton prochain article.

    Aimé par 2 personnes

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