Shanghai : clap de fin

Dernière nuit à Shanghai. Je dois m’envoler le lendemain pour Paris à 8h00 du matin. J’aurais aimé encore prendre quelques photos de plus, capturer encore quelques quartiers inconnus. Je sais pourtant que la mission est vaine car on ne connait jamais complètement Shanghai. La ville se transforme à l’infini et ce que vous pensez saisir de la vie ici est déjà obsolète. On a jamais fini de connaître Shanghai.

Pour la dernière semaine, mon exploration de la ville s’est poursuivie parfois le matin de bonne heure, parfois au moment de la pause déjeuner. Il faut dire que je me suis rendue en Chine pour des raisons professionnelles et je n’ai pas eu le loisir de shooter les rues en dehors des week-ends.

J’ai choisi mes quartiers en fonction de tout ce que j’avais pu visiter lors de mes escapades. Je n’ai pas souhaité à nouveau visiter de temples ou de nouveaux jardins puisque j’ai déjà eu l’occasion d’en découvrir dans d’autres contextes. Au contraire, je me suis laissée porter par le hasard et j’ai capturé au feeling les vues qui m’interpellaient

Les Shanghai Tank

Situé dans le quartier du West Bund, un quartier plutôt résidentiel aux allures très middle class, ce nouvel espace réhabilite d’anciens containers à pétrole pour y organiser des expos. Je m’y suis rendue pour un festival d’art contemporain. L’expo était un peu barrée – je n’ai pas tout compris car tout était en chinois…

Par contre, le lieu était très intéressant. Et graphiquement, l’association du béton et de la pelouse donnait des rendus graphiques qui accrochent le regard. Le dimanche, le West Bund est un endroit où les jeunes familles se baladent. La population est diversifiée et le centre des arts draine pas mal de jeunes artistes aux looks improbables.

Le quartier de Fuzhou

Shanghai est une villes de contrastes. Le quartier de Fuzhou conserve l’âme ancienne de la Chine. C’est le quartier des échoppes dédiées aux lettres et aux arts calligraphiques. La rue de Fuzhou s’étend vers le Bund et ses trottoirs sont bordés de petits magasins de calligraphie.

Vous trouverez de grandes liasses de papier et de nombreuses méthodes pour apprendre à tracer les idéogrammes chinois. Le papier sert de support d’écriture mais on en trouve également beaucoup pour créer des éventails. Ici, vous ne trouverez pas de plumes, mais des pinceaux et une foule de petits pots pour écraser de la poudre – une sorte de fusain – pour dessiner.

Les magasins sont très fréquentés par des gens de tous âges qui viennent acheter du matériel.

People’s Square

Cet endroit est le centre névralgique de Shanghai. Il regroupe une place centrale, un parc, le musée d’art contemporain et l’opéra. Il débouche sur la fameuse rue de Nanjing aux enseignes très luxueuses.

Je me suis promenée dans le parc, le dimanche avant la tombée de la nuit. Que l’on soit de Paris ou de Shanghai, les ambiances automnales du dimanche soir se ressemblent. On y croise des familles qui se promènent dans les allées en mangeant des glaces.

J’ai beaucoup aimé me promener dans le parc. J’ai écouté des musiciens aux cithares et erhus. Je me suis attardée autour des tables de jeux. On y voit des groupes d’hommes jouer aux dames chinoises.

Je me suis interrogée sur l’absence des femmes à ces jeux sociaux. Je les ai rencontrées un peu plus loin, au détour de quelques allées, installées derrière des parapluies. Elles marchandaient au marché des célibataires.

Terrain de luttes sociales, le marché aux célibataires rassemble les parents (surtout les mères) le samedi et le dimanche au People’s Square. Le rassemblement consiste en speed datings pour marier leurs enfants.

Sur les parapluies, on peut consulter le CV complet – taille – âge et signe astrologique des enfants. Rien n’est laissé au hasard. La moyenne d’âge des postulants est 30 ans, l’âge fatidique des « leftovers ». Ne pas être marié à cet âge est assimilé à un échec social en Chine.

C’est aussi un enjeu financier parce que la tradition veut que les enfants prennent en charge les dernières années de vie des parents. Or la politique de l’enfant unique fait peser cette responsabilité sur chaque enfant qui démarre dans la vie. Pour cette raison, les parents se tranquillisent de les savoir installés dans un mariage pour être en mesure d’affronter la fin de vie parentale à deux.

J’ai ressenti une fracture très forte entre ces générations qui ne se comprennent plus. Bien que certains enfants soient présents, cette pratique est rarement consentie par les jeunes qui refusent de plus en plus le mariage et qui prônent l’amour libre. Leurs vieux parents, de leur côté ne comprennent plus l’intérêt de leur progéniture à privilégier les études et la poursuite de leur carrière professionnelle avant le mariage.

La jeune femme qui me servait de guide m’affirmait que les jeunes femmes les plus progressistes vont volontiers sur Tinder ( appli non autorisée en Chine) pour trouver l’amour…. parce qu’un homme qui possède un accès au VPN, est une preuve de modernité et c’est déjà un moyen de sélection.

Ce déclin du mariage inquiète le gouvernement chinois. La politique de l’enfant unique a contribué à l’accélération du vieillissement de sa population, entraînant de nombreux challenges financiers. De plus, le déséquilibre du nombre de garçons par l’avortement sélectif aurait pour conséquence le célibat d’un homme sur cinq d’ici 2020.

Séance portraits

Mon séjour s’est terminé par une séance photo de l’équipe qui m’a accueillie. J’ai proposé ce cadeau et mon offre a été très bien reçue. Ils ont tous joué le jeu et en ont redemandé.

Bilan

Il m’aura fallu moins d’une heure pour rassembler mes affaires et quelques objets souvenir. Je ne laisserai rien derrière moi. Shanghai ne se souviendra pas de mon passage. Mais moi, je n’oublierai pas Shanghai. Ce qu’il me restera de la Chine, ce sont des impressions, des sensations, quelques bonnes photos et de grands souvenirs.

A la manière du poème Heureux qui comme Ulysse, j’ai aimé partir mais j’ai aussi aimé revenir, retrouver mon mari, serrer mes enfants dans mes bras et raconter à tous tout ce que j’ai vu à l’autre bout du monde.

6 commentaires

  1. Très belles photographies noir et blanc. Évidemment, on ne saurait découvrir une ville de 22 millions d’habitants en si peu de temps mais je trouve que tu as vu beaucoup de choses dont tu as bien rendu compte.
    Peut-être un jour retournerai-je à Shanghai. Alors je repenserai à ces chroniques, c’est certain.

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